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PARTI SOCIALISTE.-- Avant même la proclamation des résultats, militants et sympathisants, plus dépités que réellement surpris, en connaissaient la teneur
| :Jean-François Renaut |
«Ça va ? » « Ça va. Mais quand je dis ça va, c'est la santé. Elle va mieux que les nouvelles. » Il est 19 h 30 et l'humeur est déjà morose au siège montois de la fédération socialiste. Les tendances découlant de sondages à la sortie des urnes ont filtré. Elles sont sans espoir pour Ségolène Royal.
À 20 heures, quand les écrans de télé affichent le visage du nouveau président de la République, l'assemblée, résignée, bronche à peine. À peine une ou deux interjections. Pas de larmes non plus, juste des mines dépitées et soucieuses.
« Rester mobilisés ». À 20 h 10, le discours de la candidate battue occasionne quelques applaudissements plus polis qu'enthousiastes. Renaud Lagrave, le premier fédéral landais, puis Alain Vidalies, député socialiste de la première circonscription, occupent immédiatement le terrain. Un triste constat d'abord : « Nous n'avons pas réussi à convaincre que nous incarnions un vrai changement. » Une perspective ensuite : les législatives qui se profilent et la nécessité pour les militants, largement remerciés pour ce qu'ils ont déjà fait, de rester mobilisés.
Des sympathisants de Nicolas Sarkozy passent devant la permanence. Ils crient quelque chose que personne ne relève.
Philippe Labeyrie, sénateur-maire de Mont-de-Marsan arrive, serre quelques mains et s'isole à l'étage pour attendre les résultats locaux. Henri Emmanuelli suivra quelques minutes plus tard. Le discours en direct de Nicolas Sarkozy lui tire quelques grimaces.
« Je suis effondrée ». Un peu plus loin, Aïcha se tient la tête entre les mains. « Je suis effondrée. Je ne pensais pas que Sarkozy passerait ; pour moi, il frôle le Front national. Maintenant, il va lâcher les chiens. »
Valérie écoute attentivement et veut espérer dans une cohabitation qui ne peut être obtenue qu'en « parlant clair ». « Il faut dire que nous ne sommes pas au centre mais à gauche. Dans ce deuxième tour, les voix de gauche et d'extrême nous ont fait défaut. »
« C'est à ne rien comprendre, se lamente Eloi, les pauvres votent pour les riches. » Tout aussi incompréhensible pour lui : les jeunes. « Ils ont fait pencher la balance. »
Sur le trottoir, prêt à rentrer chez lui, Fidèle a le visage fermé. Il en sait assez. « J'espérais une surprise au dernier moment. J'espérais qu'il y aurait un déclic chez les gens. Il n'est pas venu. »
Nous voici dans la dernière ligne droite d’un grand et beau combat démocratique qui va décider de l’avenir et des valeurs de la France pour cinq ans et en réalité plus longtemps encore. Aujourd’hui, le choix se clarifie et c’est très bien ainsi. C’est un choix entre deux conceptions différentes de l’exercice du pouvoir, deux conceptions du redressement économique, social et écologique du pays, deux approches de l’Europe et du rôle de la France dans le monde.
Le désir de changement est vif et très largement partagé. Face à un système dépassé, injuste et inefficace, inefficace parce qu’injuste, une majorité de Françaises et les Français n’en peuvent plus et n’en veulent plus. L’exaspération est là, palpable, mais l’espérance aussi. Je veux y répondre en réformant profondément le pays mais sans brutalité et en rassemblant largement, au-delà des partis et des blocs, tous ceux qui veulent une France plus fraternelle et en même temps en prise sur son époque, capable d’en relever les défis, forte d’une confiance retrouvée et qui réconcilie l’efficacité économique et sociale. Trop de temps a été perdu, trop de cartes gâchées, trop d’inégalités creusées, trop d’inefficacité économique, trop de dette : il y a urgence. A chacun de prendre ses responsabilités.
La France a choisi pour devise des valeurs universelles. La France n’est jamais aussi forte, aussi respectée, aussi aimée que quand elle porte haut et fort ce message de justice et quand elle en donne l’exemple chez elle. Quand ces valeurs sont malmenées, la France ne se reconnaît plus.
Je veux une France de liberté. Et la première des libertés, c’est celle de choisir et de conduire sa vie. Parce qu’on a un bon bagage éducatif de départ. Parce qu’on a un emploi qui permet de vivre dignement et de faire des projets. Parce qu’on conserve sa vie durant le goût d’apprendre et la possibilité de se former. Parce que les solidarités sont au service de cette liberté et de cette responsabilité individuelle. Je sais que nous sommes nombreux, très nombreux, à ne pas vouloir que notre pays soit transformé en laboratoire d’un berlusconisme tardif qui va s’aligner sur les postures de Georges Bush. Je sais que nous sommes nombreux, très nombreux à rejeter la confusion des pouvoirs, la mise au pas des contre-pouvoirs, la soumission au pouvoir de l’argent. Voilà pourquoi j’appelle au rassemblement de tous ceux qui ne veulent pas d’un Etat de droit au plus bas et d’un recul des libertés publiques.
Je veux une France de l’égalité des possibles, pas simplement formelle mais réelle. L’égalité républicaine, ce n’est pas tout le monde sous la toise, ce n’est pas l’uniformité. C’est le droit égal garanti à chacun qu’il pourra aller au bout de ses possibilités, grâce à la priorité donnée à l’Education, qu’il sera aidé quand il en aura besoin, qu’il lui faudra donner s’il a reçu car l’égalité des droits suppose l’égalité des devoirs. L’égalité républicaine, c’est l’assurance donnée à tous d’un traitement impartial, indifférent à la naissance, à l’origine, à la fortune, au carnet d’adresses. Ce n’est pas l’exonération des droits de succession pour les patrimoines les plus riches, cette restauration des privilèges héréditaires de la rente contre lesquels, jadis, le peuple français fit une Révolution. Ce n’est pas la promotion de quelques uns sous prétexte de discrimination positive, qui assigne à l’origine et masque mal l’abandon du plus grand nombre. Ce n’est pas la remise en cause de la loi de 1905 pour mettre les religions dans la politique et la politique dans les religions, ce n’est pas l’instrumentation des communautarismes et des clientélismes. Ce qui menace notre identité nationale, ce n’est pas l’immigration régulière, c’est la destruction de notre pacte républicain. Car il en va ainsi chez nous : quand la République s’affaisse, la France s’abaisse.
Je ne veux pas d’une France en proie au doute, tentée par le repli, s’abandonnant à la peur, affaiblie par ses divisions et impuissante à maîtriser son destin. Je veux une France de la fraternité, une France unie qui reprenne la main. Une France capable de changer sans se perdre. Une France capable de se réformer parce qu’au clair sur ses valeurs et forte de tous les siens. Sans la fraternité, la liberté et l’égalité se désaccordent. Voilà pourquoi j’appelle au rassemblement de tous les Républicains de progrès qui veulent, eux aussi, que la loi du plus juste l’emporte sur la loi du plus fort. Voilà pourquoi j’appelle au rassemblement de tous ceux qui ne veulent pas d’un pouvoir confisqué par un seul parti et soumis aux puissances de l’argent et aux injonctions du Medef et du CAC40.
L’Etat, spécialement en France où sa formation est ancienne, a préexisté à la démocratie. Il s’est construit dans des siècles où l’arbitraire était la règle et le droit l’exception. Depuis 1789, et malgré des retours en arrière, l’Etat a dû se plier au respect de la loi : le citoyen a peu à peu conquis des droits, l’anonymat et la brutalité de l’action publique ont dû laisser place à plus de transparence et de dialogue.
Mais notre Etat porte encore les stigmates des conditions de sa naissance et des habitudes d’un pouvoir sans frein. Qui ne voit que l’autorité judiciaire ne jouit pas encore de la pleine indépendance imaginée par Aristote et élaborée par Montesquieu ? Qui ne voit que les citoyens sont ravalés souvent encore à la condition subalterne d’administrés et ne parviennent ni à comprendre la logique des décisions qu’on leur impose, ni à faire valoir leur droit légitime dans les arcanes d’une administration qui les traite parfois en importuns ? Qui ne voit que la collusion des pouvoirs politiques et économiques bride l’indépendance de la presse et favorise les abus dans les nominations et les rémunérations comme on l’a vu à Airbus ? La droite porte la lourde responsabilité d’avoir aggravé la subordination de la justice, ignoré les citoyens et confondu l’intérêt public avec les intérêts privés.
Les Français veulent un Etat impartial et je veux le construire avec eux. Aujourd’hui, l’Etat n’est pas assez présent là où on a besoin de lui mais il est envahissant là où il multiplie sans raison les procédures et la bureaucratie, le maquis des aides et des démarches. Il est trop timide là où il devrait jouer son rôle d’entrainement et trop lointain là où il devrait être proche, à l’écoute, réactif. Il se trompe souvent quand il décide seul. Voilà pourquoi j’appelle au rassemblement de tous ceux qui veulent un Etat réformé avec des services publics efficaces, un Etat qui enraye la vertigineuse croissance d’une dette qui l’étouffe.
Je veux une France capable de vérité. Une France lucide sur ses points faibles, énergique sur ses points forts, capable d’anticiper les mutations nécessaires, de se mobiliser pour réinventer son avenir, d’investir dans l’éducation, la recherche et l’innovation, aujourd’hui paupérisées et sinistrées, dans la qualification et les emplois de qualité. Car c’est la seule réponse vraiment moderne aux transformations de l’économie mondialisée et de la compétition planétaire. Le projet coercitif de Nicolas Sarkozy se trompe d’époque et tire la France du mauvais côté de la nouvelle division internationale du travail. Il ne comprend pas l’efficacité économique du travail pour tous et du bien-être au travail. En disant aux uns de « travailler plus pour gagner plus » et en faisant peser sur les autres, ceux qui n’ont pas d’emploi, le soupçon de paresse et de fraude, il empêche la France de tirer parti de son principal atout, de son avantage concurrentiel le plus durable : son capital humain. Quel est ce projet de société où l’on ne pourrait pas s’en sortir dans le cadre de la durée légale du travail ? Ce qu’une vision archaïque ne cesse de disjoindre et d’opposer – la performance économique, la performance sociale, la performance écologique – je veux au contraire le lier solidement ensemble car c’est ainsi que la France se relèvera, misera sur les activités et les emplois de demain. L’économique d’un côté, le social de l’autre, l’écologique à part, cela ne marche pas, cela ne marche plus. Personne n’a jamais réussi à restaurer la compétitivité française, stimuler la créativité, l’inventivité, la réactivité économiques dont nous avons besoin en écrasant, en méprisant, en traitant mal les salariés producteurs de richesses. Ce modèle est inefficace, comme le prouve la situation actuelle, car l’avenir de la France, ce sont des productions à forte valeur ajoutée, des services de qualité donc des salariés qualifiés, motivés, engagés dans leur travail. Je veux, avec les PME construire une nouvelle donne qui leur permettra de réussir, de se développer, de conquérir les marchés. En un mot, de réconcilier la France avec les entreprises.
Il faut un regard neuf sur l’économie du XXIème siècle et, pour tirer parti de nos atouts, de nouvelles règles du jeu. Il nous faut inventer et mettre en place les nouvelles sécurités qui ne seront pas l’ennemie mais la condition de la prise de risque et de l’agilité nécessaire dans la « grande transformation » du temps qui est le nôtre. L’Etat sera garant de ce nouveau compromis social et du nouveau dialogue qui, arrachant la France à l’archaïsme de ses relations de travail, fondera enfin dans notre pays une démocratie sociale facteur de réussite économique.
Le pays a besoin d’oxygène. Voilà pourquoi la nouvelle République que je veux bâtir avec tous repose sur quatre piliers à mes yeux indissociables : une démocratie représentative rééquilibrée, une démocratie participative vivante, une démocratie sociale forte d’un syndicalisme de masse et une démocratie territoriale où chaque échelon de la puissance publique sait, sans doublons, ce qu’il a à faire.
La voix de la France dans le monde a faibli. Sa place en Europe, comme inspiratrice de sa construction et garante d’un juste équilibre entre développement économique et progrès social, est contestée. Avec moi, elle retrouvera son rang et son influence, elle défendra ses intérêts sans crispation ni arrogance, en recherchant toujours des compromis dynamiques et les solutions les meilleures pour elle comme pour nos partenaires.
L’Europe est en panne institutionnelle et en panne d’idéal, en mal de projet. Où va l’Europe ? A quoi sert la construction européenne ? C’est parce que depuis trop longtemps nous n’avons pas su répondre à ces questions, qu’une majorité de nos concitoyens ont dit non il y a deux ans. Je ramènerai la France à la table de l’Europe, parce que c’est ensemble, avec tous nos partenaires, anciens et récents, que nous préparerons le plus efficacement l’avenir. Je veux une Europe de la connaissance, où les étudiants et les chercheurs échangent, travaillent ensemble, voyagent, coopèrent. Je veux une Europe de l’excellence écologique. Je veux une Europe qui comprenne que l’efficacité économique et le respect des salariés ne vont pas l’une sans l’autre. Je veux une Europe qui protège ses emplois, non pas de façon conservatrice et statique, mais en innovant, en se projetant dans l’avenir, en construisant les industries et les services de demain. Je veux une Europe où les salariés seront sécurisés, mieux formés, mieux rémunérés. Je veux enfin une Europe qui pèse dans la mondialisation, une Europe qui porte par ses actes un message de développement économique et humain, d’égalité entre les hommes et de paix entre les peuples. L’Europe doit se tourner vers l’Afrique pour l’aider à s’arracher à la pauvreté, vers l’Amérique latine où elle est attendue, vers l’Asie où sont les nouvelles grandes puissances économiques et politiques. Elle doit trouver un juste équilibre dans ses relations avec les Etats-Unis, pays ami et allié, et l’amener à renoncer à l’unilatéralisme et à accepter la nécessité du développement durable.
Cette France neuve, ce vote d’audace pour un changement serein mais garanti, c’est celui d’une France Présidente qui avance parce que chacun et chacune est appelé à donner le meilleur de lui- même."
PRÉSIDENTIELLE. --L'UDF des Landes approuve la création d'un Parti démocrate tandis que le PS veut s'adresser aux électeurs de François Bayrou et à eux seuls
Entre deux eaux
| :Lionel Niedzwiecki |
SAINT-SEVER. --En marge du meeting donné par François Hollande, mercredi soir, les militants PS disent tout le mal qu'ils pensent d'une alliance avec Bayrou
« Socialistes, pas du centre »
| :Jean-François Renaut |
Les discours des ténors ne laissent aucun doute sur l'identité des rivaux, ni sur celle des « traîtres » à la cause de Ségolène Royal.
Mercredi soir à Saint-Sever, François Hollande, Henri Emmanuelli et Renaud Lagrave ont eu des mots tout aussi sévères à l'intention de François Bayrou ou de Nicolas Sarkozy.
Jamais en revanche, il n'a été fait mention de Michel Rocard ou de Bernard Kouchner, ni de leur prise de position en faveur d'un rapprochement avec l'UDF dès le premier tour.
Chez les militants, en revanche, on ne se prive pas de commenter cette suggestion d'une alliance avec le centre. Jacques, venu de Banos, qui estime que « la gauche ne peut pas gagner sans le centre » fait figure d'exception parmi les quelque 1 500 présents. L'essentiel des autres ne veut pas en entendre parler.
« Il y a d'autres têtes connues ou pas qui sont passées à droite mais venant d'un éléphant comme Rocard, c'est lamentable », râle Dominique, de Saint-Sever. « Le premier secrétaire s'est déjà exprimé là-dessus », éclaire Christophe, de Saint-Pierre du Mont. « C'est nul et non avenu. Commenter ça, c'est donner à Rocard une importance qu'il n'a plus. »
« Mal venu et indécent ».« Il faut juste se souvenir que l'an dernier, il a clôturé l'université d'été de l'UDF », rappelle Jean-François, de Tartas, qui peste néanmoins sur le moment choisi. « C'est mal venu et indécent à dix jours du premier tour. »
« Bayrou est de droite, il vote avec l'UMP y compris dans son département des Pyrénées-Atlantiques. Nous n'avons rien à faire avec lui. Quant à Rocard, il se tait pendant tous les congrès et devant les militants et il l'ouvre dans les médias. Et puis il représente quoi aujourd'hui ? » « Et même avant, sourit Christophe. La dernière fois qu'il est parti tête de liste à une élection, il a fait 13 %. Et on a vu où nous a menés sa stratégie d'ouverture quand il était premier ministre : à la catastrophe en 1993. »
Bayrou, « de droite à 100 % ». « Le braconnier » Bayrou, comme le surnomme Emmanuelli, « est un type de droite à 100 % qui, à l'Assemblée nationale, a voté quatre des cinq budgets avant de se singulariser sur le dernier. »
« On n'a pas à se tourner vers lui », assène Bruno, de Morcenx. « Il n'a rien à faire dans nos rangs et nous rien à faire avec lui », renchérit Yvan, de Morcenx également. « Si on veut garder les idées claires, c'est à gauche. »
« La proposition de Rocard m'a fait bondir », avoue Bruno. « Elle ne devrait pas avoir d'impact sur le scrutin mais c'est quand même un mauvais coup porté à la candidate. » « Ça aura peut-être même l'effet inverse que celui recherché », espère Yvan.
« Avec l'âge, ironise t-il, Rocard tire à droite comme Barre à l'extrême droite. »
« Le seul rassemblement qui vaille, c'est le rassemblement de la gauche », résume Christophe.
PARTI SOCIALISTE. --François Hollande jouait quasiment à domicile hier soir puisqu'il était à Saint-Sever, dans les Landes. Il a plaidé pour le « vote utile »
« La bataille se gagne dès le premier tour »
| :Patrick Guilloton |
A Saint-Sever, le gymnase est le royaume des dames. Celui des basketteuses qui portent haut les couleurs de l'ensemble du pays landais. Hier soir, elles avaient laissé la place à plusieurs messieurs qui sont montés sur une tribune pour dire tout le bien qu'ils pensent d'une autre dame, reine du sport politique, et dont ils espèrent que sa volonté de changement permettra d'écarter de l'Elysée l'ancien ministre de l'Intérieur.
Pour clore la campagne dans ce département où le rose demeure la couleur dominante, François Hollande avait fait le déplacement. Début mars, c'est la candidate en personne qui était venue tenir meeting à Mont-de-Marsan, regroupant plus de 10 000 personnes enthousiastes. Bref, la famille Hollande-Royal est toujours la bienvenue sur ces terres acquises à la gauche.
« Rendre compte ». Jean-Pierre Dalm, le maire, a donné le ton dans une salle occupée par 1 500 personnes, où l'on remarquait néanmoins quelques places vides en regardant la tribune... sur sa gauche. Un maire « en colère, frustré par l'absence de débats » dans cette campagne et qui s'est engagé à ce que, dès dimanche, le pays montre à M. Sarkozy que son bilan est mauvais et qu'il va lui falloir « en rendre compte ».
Le patron des Landes, Henri Emmanuelli, qui recevait hier soir celui qu'il aurait aimé voir porter les couleurs socialistes dans cette campagne c'était il y a très longtemps, en septembre dernier a pris plaisir à taper sur le voisin palois, François Bayrou se voyant accusé de « braconner » sur un terrain qui n'est pas naturellement le sien.
« Dans les Pyrénées-Atlantiques, ils en ont de la chance d'avoir à la fois le candidat des chasseurs et celui des braconniers », a-t-il persiflé, ajoutant que lorsqu'on braconne « on ne peut s'ériger en juge de paix ». Il n'a pas oublié non plus d'égratigner le candidat de l'UMP « programmé pour être président, en tout cas persuadé être né pour ça, d'où ses écarts sur la génétique ». Sarkozy ? Emmanuelli n'y croit pas. « Plus je l'écoute, plus j'essaie de pénétrer sa pensée profonde et superficielle, plus je n'imagine pas qu'il soit élu. Je suis optimiste parce que je n'ai pas envie de désespérer de mon pays. »
La gauche plurielle. François Hollande, de son côté, a refusé de trop laisser passer son sentiment profond qui est celui des cadres du PS, à savoir une confiance ravivée depuis quelques jours. « Le 22 avril, c'est le lendemain du 21 et ce jour, on sait ce qu'il ne faut pas faire. Le 22, on votera pour Ségolène Royal », a-t-il commencé par dire après avoir rendu un bel hommage à Henri Emmanuelli, celui qui plaide sans cesse pour un PS, « à gauche et nulle part ailleurs ».
Le show Hollande, fait d'humour, de gravité, de vraies convictions, a alors pu débuter. On sait le premier secrétaire excellent orateur et il n'a eu aucune peine à mettre cette salle surchauffée dans sa poche, tout en insistant sur le vote utile puisque, comme Mitterrand, il est persuadé que la bataille présidentielle se gagne « dès le premier tour ».
Reste que voter utile selon lui, c'est voter Royal dès dimanche prochain, ce qui risque d'amputer, chacun le sait, les forces des autres composantes de ce qui fut la gauche plurielle. A ce propos, François Hollande est clair : « Je ne jugerai pas l'influence du Parti communiste et des Verts au résultat de Marie-George Buffet et de Dominique Voynet », avait-il déclaré dans l'après-midi. Il a, hier soir, repris le même thème. Pas sûr qu'en cas de victoire, ses futurs partenaires ne voient pas un piège dans cette confidence à trois jours du scrutin.
FRANCOIS HOLLANDE. --Le premier secrétaire du PS n'imagine pas que Ségolène Royal soit absente du second tour. Il veut y offrir un « véritable choix »
« Nous n'attendons rien de François Bayrou »
| :Propos recueillis par Bruno Dive |
En meeting à Saint-Sever (Landes) aujourd'hui à 20 h 30, le premier secrétaire du PS annonce qu'il conduira, quoi qu'il arrive, la campagne des législatives.
« Sud Ouest ».
A quatre jours du premier tour, ne redoutez-vous pas une nouvelle élimination de la gauche, cette fois au profit de François Bayrou ?
François Hollande.
Quand s'est produit le 21 avril, nul ne l'avait imaginé. Aujourd'hui, on sait que cette menace existe, y compris avec Le Pen. Nous devons tout faire pour qu'un véritable choix s'offre aux Français au second tour. C'est une question politique mais aussi civique. Le vote utile ne doit pas seulement servir à empêcher, mais surtout à faire avancer, à changer et à réformer la France.
Michel Rocard et Bernard Kouchner n'ont-ils pas dit tout haut ce que beaucoup, au PS, pensent tout bas, à savoir qu'une alliance PS-UDF sera nécessaire à un moment donné ?
Non, parce que la plupart des socialistes sont réalistes. Nous n'avons aucune illusion sur le positionnement de François Bayrou. Sur les questions économiques et sociales, ses propositions sont voisines, voire cousines, de celles de Nicolas Sarkozy. Qu'il s'agisse du recours aux heures supplémentaires, de la diminution de l'impôt sur la fortune ou des exonérations de cotisations sociales sans contrepartie aux entreprises. Sans oublier le maintien du contrat nouvelle embauche (CNE). Nous n'avons donc rien à attendre de François Bayrou au lendemain du premier tour, lorsqu'il devra faire un choix. Précisément parce qu'il n'en fera aucun.
Mais comment Ségolène Royal peut-elle gagner au second tour avec une gauche qui plafonne entre 35 et 40 % au premier tour ?
Il y a des électeurs qui peuvent, au premier tour, ne pas se déclarer en faveur des candidats de gauche et qui, ensuite, feront passer leur volonté de changement avant tout. C'est ce qui peut permettre à Ségolène Royal de gagner. Il y aussi une hostilité à la démarche, au comportement, au vocabulaire et à la politique de Nicolas Sarkozy qui facilitera le rassemblement autour de Ségolène Royal.
La stratégie du second tour, c'est « tout sauf Sarkozy » ?
Non ! Ce doit être « tout pour le changement, le progrès, la solidarité entre les générations et entre les Français ». Sur ce plan, la candidature de Ségolène Royal est aux antipodes de celle de Nicolas Sarkozy. Par ses propositions, sa façon d'agir et sa conception du pouvoir. Elle met du lien là où Sarkozy provoque de la rupture.
Le contrat première chance, proposé par Ségolène Royal, est-ce vraiment une bonne idée, un an après le CPE ?
Oui, justement parce que le CPE était une mauvaise idée, de surcroît conçue en l'absence de toute concertation sociale. Le Parcours première chance permettra à des jeunes sans qualification, sans formation, sans aucune chance, donc, d'accéder à l'emploi, de pouvoir être embauchés dans une entreprise avec un contrat à durée indéterminée. L'employeur, et c'est bien normal, recevra alors une aide de l'Etat en contrepartie de l'effort qu'il consent pour former le jeune salarié.
La candidate se démarque souvent du projet socialiste. Cela ne gêne-t-il pas le premier secrétaire du PS ?
Il est normal que, tout en respectant les grandes orientations du projet socialiste, elle y ajoute sa singularité, sa liberté. Elle a aussi développé une démarche participative d'où sont sorties des propositions, notamment les emplois tremplins, la carte santé pour les jeunes et la lutte contre la vie chère. Sur les retraites, il ne s'agit pas de revenir à la situation d'avant la loi Fillon, mais de remettre à plat l'ensemble du dossier et d'utiliser le critère de la pénibilité pour fixer la durée de cotisation de chaque salarié.
Sur la fiscalité, vous êtes de nouveau en phase tous les deux ?
Oui. Elle a bien posé le principe selon lequel il ne faut pas augmenter les prélèvements obligatoires, mais ne pas se lancer non plus dans des baisses d'impôts qui avantageraient exclusivement les plus favorisés. S'il faut consentir des allégements, c'est en faveur des consommateurs et des ménages les plus modestes. C'est-à-dire l'inverse de ce que proposent Nicolas Sarkozy et François Bayrou avec le recours à la TVA sociale. Cette TVA n'étant sociale que parce qu'elle serait payée par tous les Français.
Comment voyez-vous votre rôle dans la France présidée par Ségolène Royal ?
Comme un premier secrétaire qui conduira la campagne des élections législatives et assurera ensuite la transition pour permettre à des équipes nouvelles d'organiser une majorité solide autour de Ségolène Royal.
Vous ne serez donc pas ministre, ni dans aucune fonction officielle ?
Je dois d'abord me préoccuper de faire gagner la gauche aux élections, présidentielle puis législatives. Je n'ai pas à me placer dans je ne sais quel scénario. On ne distribue pas les rôles, on ne se répartit pas les postes avant que les électeurs ne se soient prononcés.
Françaises, Français,
Mes chers compatriotes,
Je vous ai écoutés pour agir juste et pour tenir parole. J’ai entendu vos inquiétudes, vos colères mais aussi vos espoirs. Vous avez exprimé la volonté d’un vrai changement, un profond désir d’avenir.
La crise actuelle que traverse notre pays appelle de nouvelles règles, un État et des pouvoirs publics solides, qui fonctionnent bien. C’est le pacte présidentiel que nous avons construit au cours de plus de 6000 débats participatifs.
Nous allons bâtir ensemble un ordre juste : faire reculer les précarités, les inégalités, les brutalités, les violences ; assurer les sécurités nouvelles de l’emploi, des salaires et des retraites, du logement et de la santé. Nous allons
libérer les énergies dont la France est porteuse si l’État joue tout son rôle et si chacun donne, par ses efforts, le meilleur de lui-même.
Je vous garantis une juste répartition des fruits de ces efforts, dont la France a besoin, alors que d’autres veulent donner encore plus à ceux qui ont déjà énormément. Je crois en notre modèle républicain et laïc, en notre pacte social gravement mis en cause depuis cinq ans.
Nous savons, mes chers compatriotes, qu’il n’y a pas de liberté sans justice, de démocratie sans éducation et d’effi cacité économique sans sécurité sociale. C’est tout cela que je veux réconcilier. C’est ma conviction de femme de gauche et de progrès, c’est ma volonté d’agir pour l’intérêt général.
La France Présidente se relève avec vous. Avec nous tous et nous toutes. Elle est entreprenante et solidaire, forte de la diversité de ses talents et de ses territoires, elle assumera pleinement sa place dans l'Europe et dans le monde.
Vive la République,
Vive la France.

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